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samedi 2 décembre 2017

Petit jardin de poésie

Robert Stevenson, auteur de L’Ile au trésor, a écrit en 1885 un recueil de poésies Le Jardin poétique d’un enfant dont les éditions Grasset ont eu l’heureuse idée d’en éditer un extrait sous le titre Petit Jardin dePoésie.

Petit jardin de poésie, Grasset, 2017

C’est un retour au pays de l’enfance, celui des jeux, de l’éveil à  la nature et  des heures de rêverie. Robert Stevenson, qui fut un enfant maladif, eut la chance d’être accompagné durant ses jeunes années par Alison Cunningham, sa nurse. Elle fut pour lui sa seconde mère, le distrayant de ses maladies, lorsqu’il était alité,par ses lectures. C’est à elle qu’est dédié avec chaleur cet ouvrage : « à toi qui fus l’ange de ma jeune âme ».

Ces poèmes nous parle de l’enfant, celui qui partage avec joie ses jeux, qui regarde avec candeur le monde et qui, la nuit venant, ouvre grand ses yeux sur le monde nocturne.C’est un régal à lire, les mots coulent, limpides et touchants.


Petit jardin de poésie, Grasset, 2017

Ilya Green a fait un travail superbe. Ses enfants aux yeux clos, tellement concentrés dans leurs jeux, qui regardent vers l’avenir, suspendu au cerisier, ou penché sur la rivière, forment un magnifique concentré d’enfance.
De la douce poésie à susurrer le soir au coucher !

Chaque nuit, et la nuit entière, Quand maman éteint la lumière, Une ribambelle de gens curieux, Défile en vrai devant mes yeux…, Pensées du début de la nuit.


Robert Stevenson, Petit jardin de poésie, illustré par Ilya Green, Grasset, 2017

vendredi 3 juin 2016

Bientôt

Henri Meunier, Le Rouergue


Il peut être difficile de se projeter dans l’avenir, d’avoir la capacité de se représenter, quand on est un enfant, ce qui peut advenir dans un avenir proche ou plus lointain, surtout quand notre monde se découpe entre le passé, le présent et le futur. 
Il faut tout de même nuancer cette affirmation. Il existe, bien sûr,  des événements  qui interviennent inéluctablement. Ceux pour lesquels ne se pose aucune interrogation comme le rythme des saisons ou le cycle du jour et de la nuit.

Henri Meunier, Le Rouergue
Henru Meunier, Le Rouergue


Le reste, en revanche, n’est que supposition. Si un rayon de soleil brille après la pluie, on pourra observer un arc-en ciel. Si le cochon ne mange pas le gland, un chêne pourra grandir.  Le conditionnel ouvre une fenêtre sur une foule de promesses et c’est la magie de Bientôt de nous y faire réfléchir.

Bientôt est un livre poétique, philosophique, pour parler du cours des choses  mais surtout, pour évoquer l’imprévu, qui peut, selon les caractères de chacun, mettre en joie ou inquiéter. C’est un support idéal pour imaginer « tous les bientôt » qui interviennent dans nos vies.  


Henri Meunier, Bientôt, éditions du rouergue, 2016

mardi 2 février 2016

Une journée parfaite

C’est quoi pour vous une journée parfaite ? Un long dimanche d’été près d’une rivière à paresser dans l’herbe, une sortie dans la forêt à ramasser un bouquet de feuilles, peut-être, un nouveau livre à découvrir...

Dans Une journée parfaite, trois enfants et leur chat tigré égrènent leur moment de bonheur : un espace pour dessiner par terre avec des craies de toutes les couleurs, un atelier de pâtisserie, une soupe à mitonner pour de faux avec des herbes du jardin, un goûter improvisé sur la terrasse ou un fauteuil douillet où se lover et distribuer des caresses au chat.
ill Freya Blackwood

Une journée parfaite parle d’éveil et d’autonomie quant il s’agit de faire voler un cerf-volant ou de marcher en équilibre sur un muret. 

ill Freya Blackwood

Cet album met aussi en avant la complicité entre les enfants et les animaux : s’attarder avec les vaches dans un champ ou raconter des comptines au chat. 
Enfin, tout au long de l’album, une idée émerge : celle de prendre son temps, d’observer tout simplement. 
ill Freya Blackwood

Alors prenez le temps de lire, de dire et de contempler les images de cet album poétique. 
Car on le referme le sourire aux lèvres avec l’envie de dresser la liste de ces choses qui nous ravit. Un exercice  à réaliser avec les enfants qui auront, sans aucun doute, bien des idées sur les petits bonheurs du quotidien à réaliser.


Danny Parker,  Une journée parfaite, illustrations de Freya Blackwood, Grasset, 2015


mercredi 14 octobre 2015

La Poésie est un jeu d'enfant

ill. Bruno Gibert, Seuil, 2015
Bien souvent récitées devant le tableau de l’école, les poésies de Maurice Carême portent, dans leurs rimes,  l’enfance et tous ses émerveillements sur le monde.
Le poète a saisi avec douceur ces mômes rêveurs, dans  L’Enfant, 
« Dès qu’il refermait les paupières, il regagnait le grand palais d’où il voyait la mer »
ou ceux qui espèrent avoir le loisir de rêver comme L’écolière,
« pour bercer sa poupée ou simplement rêver, assise par terre ».

ill. Bruno Gibert, Seuil, 2015


L’école est citée souvent : le lieu des apprentissages, des leçons de français avec le Hibou « Caillou, genou, chou, pou,  joujou, bijou  Répétait sans fin le petit hibou », la Ponctuation ou l’Alphabet, sans oublier les cours de dessin (Pour dessiner un bonhomme).

Les poèmes choisis dans ces pages évoquent aussi les bons sentiments, La joie de vivre, dans le poème du même nom ou la gentillesse dans Il offrait son cœur.

ill. Bruno Gibert, Seuil, 2015


Enfin, après les enfants, ce sont les animaux petits et grands qui content leurs quotidiens. C’est une importante ménagerie indomptée qui vit ici et là, à Angkor ou « dans un pays de fleurs et d’eau »: trois escargots, un petit chameau, Le hérisson, Deux petits éléphants… qui dialoguent et se présentent.

Bruno Gibert a inventé des images vivantes qui jouent sur la mise en  perspective avec le texte. Il y a de l’étonnement à chaque page, surprise dans les couleurs très gaies, surprise dans les liaisons des images entre elles, surprise enfin dans les découpes de papier.
Un livre à mettre dans les mains des jeunes écoliers pour leur fournir de l’inspiration et de l’envie à  tenir, cette année d’école, un époustouflant cahier de poésies.


Maurice Carême, La Poésie est un jeu d’enfant, illustrations de Bruno Gibert, Seuil, 2015

mardi 17 mars 2015

Des enfants poètes et des animaux en poésie

Quand les enfants font de leur quotidien la plus tendre des poésies...
 
Cendrine Genin, J'ai vu, illustration de Rascal

Rose est une enfant contemplative. Elle énumère en peu de mots ce qu’elle aime. Les animaux tiennent le haut de sa liste : le chien noir qui court sur le chemin, le merle au sommet du sapin, le chaton qui joue à cache-cache, sous l’herbe haute, la poule rousse qui s’approche ou les petits pas discrets du hérisson. Rose leur dit qu’elle les aime. « Je t’aime chien noir, Je t’aime petit merle. Je t’aime chaton… »
Rose, elle aime aussi les fleurs rouges des champs ou le caillou tout chaud ramassé sur la plage. Elle aime également son doudou  et sa maison. Mais ceux qu’elle aime tout au fond son cœur, ce sont ses parents.
Je t’ai vu est une magnifique déclaration d’amour d’une enfant au monde qui l’entoure. Le texte joue sur la répétition du je t’aime. Des je t’aime à glisser dans les petites oreilles pour que se répandent autant de déclarations d’amour.

Cendrine Genin, J’aivu, ill. par Rascal, l’école des loisirs, 2014


Eric Chevillard, Les Théories de Suzie,
 illustration de Jean-François Martin

Suzie a réponse à tout. Et du haut de ses quatre ans, elle pose sur le monde un oeil candide et futé. Si elle se pose une question, Suzie n’attend pas l’explication rationnelle d’un plus grand. Si elle se pose une question, Suzie, elle elle invente une solution. Une réponse poétique qu’Eric Chevillard nous raconte dans ce catalogue des mystères résolus par Suzie.
Tout y passe : la faune, la flore, les questions d’astronomie ou de biologie.  Vous vous demandez pourquoi les enfants se décident à naître ? Ou pourquoi les Hommes font-ils la guerre ? Vous confondez le chameau et le dromadaire ? Pour quelles raisons les plumes de l’oie sont imperméables ? Autant de questions existentielles qui seraient dommages d’éluder par un « c’est comme ça »  ou un « j’en sais rien ». Lire les théories de Suzie, c’est écouter la parole franche des enfants, ces réservoirs à idées fabuleuses.
A lire avec les plus jeunes pour démasquer leurs grandes idées sur le monde.

Eric Chevillard, Les Théories de Suzie, ill. par Jean-François Martin, hélium, 2015



Et quand les animaux tissent des poèmes...


Olivier Douzou, Poèmes de terre,
 illustration de Anouk Ricard

Intriguant dès la couverture où une bande de vers de terre roses malabar croque une patate étonnée, Poèmes de terre est une déclinaison de petites pièces  autour du lombric. Formats courts dénonçant le ver de trop, comptines (divertissement) ou poésies versifiées, Olivier Douzou étonne ses lecteurs et charme avec cette variation sur un si petit sujet.
Jeux de mots en tout genre (calembour, rébus et palindrome), le ver se fait aussi linguiste. C’est inventif, amusant et décalé.  Inévitablement on regardera les vers de terre avec plus de lyrisme désormais.
Anouk Ricard, dont on reconnait les décors enfantins,  zoome sur la vie des vers de terre avec couleurs et fantaisie. Dessins, compositions photographiques, gouaches ou pâte à modeler, le ver de terre est mis en vedette. C’est ici la star du potager qui tortille allégrement dans ces pages poétiques. A lire au jardin avec l’arrivée des beaux jours.

Olivier Douzou, Poèmes de terre, ill. Anouk Ricard, Le Rouergue, 2012


La Parole aux animaux,
illustration de Sacha Poliakova

Un recueil de poésies sur les animaux qui reprend les classiques des cahiers d’écoliers avec Claude Roy, Robert Desnos ou Raymond Queneau. On passe du coq d’Aragon au chat de Cocteau, des Hiboux de Baudelaire au Boa d’Andrée Chedid.
Et on s’immerge dans les images délicates de Sacha Poliakova : les colombes quittant le beau palmier virevoltent dans l’air bleu,  le morne rhinocéros à la belle peau bigarrée ou le cuir irisée de l’alligator du Mississippi. Des couleurs qui appellent les caresses.
D’autres titres à collectionner pour les jeunes poètes : collection Enfance en Poésie.

La Parole aux animaux, illustré par Sacha Poliakova, Enfance en poésie, Gallimard jeunesse, 2015